Le lait de jument et ses bienfaits

par | 18 Mai 2022 | Aliments tendances, Nutrition | 0 commentaires

Le lait de jument est un aliment encore méconnu du grand public. En France, ce lait est resté associé à l’alimentation du poulain jusqu’au début des années 1990. Il est d’ordinaire utilisé en cosmétologie, mais de nouvelles études ont analysé une envisageable utilisation en consommation humaine. [1]. Plus coûteuse que le lait de vache, la consommation […]

12 min de lecture

Le lait de jument est un aliment encore méconnu du grand public. En France, ce lait est resté associé à l’alimentation du poulain jusqu’au début des années 1990. Il est d’ordinaire utilisé en cosmétologie, mais de nouvelles études ont analysé une envisageable utilisation en consommation humaine. [1]. Plus coûteuse que le lait de vache, la consommation de lait de jument recèlerait pourtant de nombreux bienfaits. Nous te présentons ici les secrets de ce lait si particulier et ses nombreuses vertus qui méritent une attention toute particulière ! 

Le lait de jument et ses origines

Ce lait serait consommé par l’Homme depuis la préhistoire mais la connaissance de ses bienfaits remonte à l’époque de la Grèce Antique. Dans un premier temps, ses propriétés ont été rapportées par les diététiciens et les médecins antiques (Aristote, Hippocrate). Aujourd’hui remplacé par le lait de vache, il a pourtant été consommé pendant des milliers d’années par les Mongols (les peuples d’Asie centrale). En Chine, des textes évoquent l’utilisation thérapeutique du koumis, une boisson fermentée à base de lait de jument. Aussi, les Grecs et les Egyptiens le consommaient pour prévenir les infections. Quant aux Russes, ils l’utilisaient pour soigner la tuberculose. 

Il fait actuellement partie de la consommation courante des populations d’Asie Centrale et de Mongolie. Depuis les années 2000, en Europe, on utilise ce lait dans la cosmétique pour corriger les imperfections cutanées. Il est toutefois encore peu utilisé dans l’alimentation car on lui préfère le lait de vache. Mais aujourd’hui, de nouvelles recherches en micronutrition commencent à livrer les bienfaits santé du lait de jument.

lait de jument

Photo de Soledad Lorieto sur Unsplash

Le profil nutritionnel du lait de jument

Le lait de jument contient du calcium, du magnésium, du phosphore et des vitamines mais aussi plus de 40 nutriments dont des acides gras insaturés [2]. Ce lait est caractérisé par un taux élevé de lactose et de vitamine C, contre un faible taux de matière grasse et de minéraux en comparaison avec le lait de vache [3]. Ce lait est de couleur blanche, fluide et son goût rappelle celui du lait de coco.

  • La teneur en caséine est plus basse pour le lait de jument que pour le lait de vache. En effet, les caséines sont présentes en grande quantité dans le lait de vache (80% du total des protéines), alors que le lait de jument contient davantage de protéines solubles (38.8%) et moins de caséines (50%) [4]. Cela le rend peu adapté à la fabrication du fromage et des yaourts qui repose sur le principe de coagulation des caséines. En revanche, cette faible teneur en caséine permet de rendre le lait de jument plus digeste.
  • La teneur en matière grasse est plus faible pour le lait de jument. Cette faible quantité est représentée à moitié par des acides gras polyinsaturés, des oméga-3 et 6 [4].
  • Son taux élevé de lactose (63.7g.kg-1), le rapproche du lait de femme (69g.kg-1) [5].

 

Pour 100g Jument (lait) Femme (lait) Vache (lait)
Protéines (g) 2,41 1 3,32
Lipides (g) 1,73 3,5 3,63
Lactose (g) 6,17 6,9 4,2
Calories (kcal) 50,2 60 65,4
Vitamine C (mg) 15 3,8 < 0,5

 

Nous pouvons constater que le lait de jument présente une composition assez similaire à celle du lait de femme. Par conséquent, il présenterait un intérêt pour les applications en nutrition infantile. 

Une composition proche du lait maternel

Chez les veaux, le lait est constamment disponible (les mamelles des vaches sont constituées d’une réserve appelée citerne du pis). Seulement, chez la jument et la femme le lait ne sera sécrété que sous l’action de l’hormone ocytocine qui s’active lorsque la mère se trouve dans de bonnes conditions avec son petit à proximité.

Par ailleurs, contrairement au lait de vache, le lait de jument s’appauvrit lorsque l’animal reçoit des rations alimentaires concentrées. Tandis que lorsqu’elle s’alimente avec du fourrage frais, son lait retrouve sa richesse en oméga-3. Ce lait possède la teneur en protéines la plus proche du lait maternel, en comparaison avec le lait de vacheDu fait de cette similitude, le lait de jument est parfois proposé en remplacement en cas d’impossibilité d’allaitement maternel [6]. Il était autrefois donné aux enfants étant bien plus facile à digérer et atténuant les reflux gastriques. 

De la traite à la consommation

La jument produit du lait pendant 5 à 7 mois, de l’apparition du poulain jusqu’au sevrage. Globalement, les juments de trait (750kg) produisent plus de lait que les juments de selle (550kg) [1]. Seulement, elles nécessitent aussi plus de nourriture. Les juments produisent en moyenne 8 à 10L de lait par jour quand une vache peut en produire quatre fois plus, tout en mangeant moins. Ce qui représente un coût important pour les éleveurs. Les années les plus productives semblent se situer entre 11 et 15 ans, mais des variations existent suivant les races de l’ordre de 15% environ.  

La traite doit être effectuée plusieurs fois par jour et régulièrement. Contrairement au lait de vache, on ne peut traire chez la jument qu’un à deux litres à la fois. Aussi, la production de lait de jument pour la consommation humaine pose quelques problèmes éthiques. Que faire des poulains, indispensables à la montée de lait chez la jument ? Ceux qui ne trouvent pas d’acheteur risquent d’être revendus à l’abattoir mais la plupart des éleveurs Français (si ce n’est tous) proposent leurs poulains à la vente de particuliers comme chevaux de loisirs.

Les bienfaits du lait de jument sur la santé

Des bienfaits sur l’immunité

Le lait de jument contient de la lactoferrine, une protéine (glycoprotéine) aux propriétés antibactériennes, antioxydantes et anti-inflammatoires. Elle fournit une protection contre les bactéries pathogènes qui colonisent les muqueuses. Utilisée contre les infections intestinales pédiatriques, la lactoferrine est également utilisée comme antibiotique naturel. En plus de son activité antimicrobienne, elle agit aussi contre certains virus et champignons [7].

On trouve aussi du lysozyme, une enzyme à l’action antimicrobienne et anti-inflammatoire. Sa teneur est de 2,6 à 3,6 fois plus importante chez la jument que chez la femme (Mc KENZIE et SHAWN, 1985). Le lysozyme agit comme antioxydant et contribue à réguler la multiplication de l’ADN. La présence de lysozyme dans le lait de jument est bénéfique car il protège contre diverses maladies infectieuses. Aussi, les immunoglobulines présentes améliorent la réponse immunitaires. Enfin, la vitamine C qui est un antioxydant puissant intervient dans la cicatrisation et la défense contre les infections. 

Des bienfaits sur le microbiote

Le lait de jument renferme des probiotiques naturels qui ont de nombreux bienfaits sur la santé. En effet, les probiotiques rééquilibrent notre flore intestinale. Ils facilitent le processus de digestion et améliorent la capacité d’absorption des éléments nutritifs (minéraux et vitamines). Grâce aux probiotiques, les bonnes bactéries protègent l’intestin contre les bactéries pathogènes. Ils permettent de former une barrière pour aider l’organisme à se défendre et renforcent les défenses immunitaires. Cela empêche ainsi les hôtes indésirables de pénétrer dans notre corps.

Ces effets protecteurs provoquent une nette amélioration contre les allergies et les intolérances alimentaires. D’autre part, le lait de jument peut également aider à réduire l’inflammation intestinale associée à plusieurs troubles digestifs tels que le syndrome du côlon irritableDans le cas de la maladie de Crohn, par exemple, le butyrate du lait de jument pourrait permettre d’éviter l’aggravation de la maladie.

Des bienfaits sur l’humeur

En raison de sa composition en acides aminés essentiels (Uniacke Lowe et al 2010), le lait de jument permet de synthétiser la sérotonine. La sérotonine est un neurotransmetteur qui a une action sur le bien-être, l’appétit ou encore le sommeil. En fournissant à notre corps les acides aminés essentiels pour synthétiser ce neurotransmetteur, les voies nerveuses vont mieux exploiter la synthèse de la sérotonine pour favoriser le bon fonctionnement nerveux.

D’autre part, le lait de jument se compose d’autres éléments qui favorisent le bien-être. Il contient en effet du magnésium qui fournit de l’énergie aux neurones tout en étant un relaxant musculaire. Enfin, ce lait contient une grande quantité de vitamines, minéraux et des acides gras (Csapó et al. 1995 Malacarne et al. 2002, Haddad et al. 2011).

Des bienfaits sur l’anémie

L’anémie touche fréquemment les femmes enceintes, celles ayant des règles abondantes mais aussi les végétariens. Or le fer contenu dans le lait de jument, mais également la lactoferrine, les vitamines B3, B5 et la vitamine E, permettent non seulement de s’en prémunir mais aussi de combler les carences plus sévères.

Des bienfaits dermatologiques

Le lait de jument pourrait agir sur l’eczéma, les allergies cutanées, les irritations, les démangeaisons et l’acné. En mai 2009, une étude a été réalisée en double aveugle [8]. 17 femmes et 6 hommes ont consommé 250 ml de lait de jument ou un placebo pendant 16 semaines. L’objectif était d’analyser les effets du lait de jument sur la dermatite atopique et le microbiote intestinal. L’intensité de la dermatite atopique a été examinée par l’index SCORAD (Severity Scoring of Atopic Dermatitis = Points de gravité de la dermatite atopique).

Les résultats ont montré que la valeur moyenne de l’index chez les patients a diminué après 16 semaines. Dans un sous-groupe de 7 personnes, les démangeaisons ont diminué de 30% avec le lait de jument et les bifidobactéries ont augmenté, passant de 4,6 % à 11,9% de bonnes bactéries.

Lait de jument et allergie au lait de vache

Une étude [9] a montré que le lait de jument serait bien toléré par 96% des enfants souffrant d’allergie au lait de vache. Une autre étude italienne [10] a analysé l’allergénicité du lait de jument dans un groupe d’enfants présentant une allergie au lait de vache. 25 enfants (17 garçons et 8 filles) âgés de 19 à 72 mois ont été sélectionnés. Tous les enfants ont subi des tests immunologiques et ont tous montré des réponses positives au lait de vache contre 2 seulement pour le lait de jument.

lait de jument

Photo de Colin Maynard sur Unsplash

L’étude a ensuite testé la consommation de lait de vache, de lait de jument ou d’une formule à base de soja (placebo). Les tests ont tous été positifs pour le lait de vache. Seul un test a été positif pour le lait de jument. Les données de cette étude suggèrent que le lait de jument peut être considéré comme un substitut au lait de vache chez des enfants atteints d’une allergie au lait de vache mais les auteurs conseillent tout de même de rester prudent pour le moment.

Cela peut être expliqué par le fait que le lait de jument contient de la caséine, une protéine allergisante. Seulement, cette proportion est plus faible dans le lait de jument que dans le lait de vache (13g/L de caséines chez la jument, et 25g/L pour la vache) [6]

Le lait de jument, où l’acheter et comment le choisir ? 

Haut de gamme, le lait de jument se vend 10€/L. Le prix est assez élevé car l’activité est plus contraignante que l’élevage de vache (plusieurs traites par jour sont nécessaires tout en gardant le poulain auprès de sa mère). En boutique, on compte en moyenne 10 à 12€/L le lait de jument pasteurisé (dix fois plus cher que le lait de vache).

Enfin, pour conserver ses propriétés nutritionnelles, ce lait se trouve le plus souvent sous forme lyophilisée. La richesse du lait de jument ne peut pas être préservée s’il est pasteurisé (méthode souvent utilisée par des producteurs pour sa praticité seulement les composants du lait de jument disparaissent au-delà de 40°C). Le procédé de lyophilisation assure, lui, une préservation de sa composition. Aussi, le lait de jument ne doit pas être chauffé sous peine de rendre ses bienfaits inactifs. Nous conseillons donc de le boire froid. 

 

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Sources :

[1] M. Doreau, «Le lait de jument», dans INRA Prod. Anim. , vol.  4, no 4, octobre 1991, p.  297-302. Publication de l’Institut national de la recherche agronomique.

[2] (en) Guo et all. Composition, Physiochemical Properties, Nitrogen Fraction Distribution, and Amino Acid Profile of Donkey Milk. J. Dairy Sci. 90 :1635-1643. doi :10.3168/jds. 2006-600.

[3] Martine Hugon, Lait de jument : thèse de doctorat vétérinaire, école vétérinaire de Toulouse, 1996, 91 p. 

[4] MALACARNE, et al., 2002.

[5] DOREAU & MARTIN-ROSSET, 2011.

[6] FAO, Le lait et les produits laitiers dans la nutrition humaine, vol.  28 de Collection FAO. Alimentation et Nutrition, Food & Agriculture Org., 1995, 271 p. (ISBN 9789252035343). Publication de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

[7] B. Langlois, «L’élevage du cheval en Union soviétique», dans INRA Bulletin technique du département de génétique animale, no 40, 1986. Publication de l’Institut national de la recherche agronomique

[8] Foekel C, Schubert R, Kaatz M, Schmidt I, Bauer A, Hipler UC, Vogelsang H, Rabe K, Jahreis G. Dietetic effects of oral intervention with mare’s milk on the Severity Scoring of Atopic Dermatitis, on faecal microbiota and on immunological parameters in patients with atopic dermatitis. Int J Food Sci Nutr. 2009;60 Suppl 7:41-52. doi : 10.1080/09637480802249082. Epub 2009 May 21.

[9] BUSINCO et al, 2000.

[10] Businco L, Giampietro PG, Lucenti P, Lucaroni F, Pini C, Di Felice G, Iacovacci P, Curadi C, Orlandi M. Allergenicity of mare’s milk in children with cow’s milk allergy. J Allergy Clin Immunol. 2000 May;105(5):1031-4.

 

Crédit photo de couverture : Soledad Lorieto provenant de Unsplash

 

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